MON PARCOURS

J’aime l’Histoire, mais j’aime peut-être plus encore la vie. Celle des hommes et des femmes, célèbres ou anonymes, avec ce qu’elle comporte de joies, de blessures, de hasards, de rencontres et de chemins que l’on n’avait pas prévu d’emprunter. Et mon grand âge m’accorde désormais un privilège assez savoureux : celui de pouvoir commencer une phrase par « Je me souviens… il y a soixante-dix ans… » sans exagérer le moins du monde. Depuis toujours, la vie des gens me passionne. Je crois profondément qu’il n’existe aucune existence humaine qui soit véritablement inintéressante.


Derrière une apparente banalité se cachent presque toujours un amour, une rupture, un renoncement, une victoire, une injustice, un secret ou une blessure. C’est sans doute pour cette raison que, dans mon travail de journaliste, je me suis particulièrement attaché aux portraits : non pas seulement raconter ce que les gens ont fait, mais essayer de comprendre qui ils sont et ce que la vie a fait d’eux .

La mienne n’échappe évidemment pas à cette règle. Elle a connu ses bonheurs, ses détours et ses cicatrices. J’en ai entrepris le récit dans le premier tome de mes mémoires, Le Cœur Balafré. Ce n’est pourtant pas seulement le récit d’une vie. J’aimerais qu’un lecteur puisse, au détour d’une page, y reconnaître quelque chose de la sienne. Car nos histoires sont différentes, mais certaines blessures, certains espoirs et certains émerveillements sont universels.

Ma passion pour la chevalerie ne relève pas seulement de mon intérêt pour le Moyen Âge. Elle correspond à une certaine conception de l’existence. Je ne prétends évidemment pas vivre au XXIe siècle comme un chevalier médiéval, mais certaines valeurs traversent les siècles sans perdre leur nécessité : défendre la dignité de celui qui est plus faible, respecter la parole donnée, tenir ses engagements, rechercher l’équité, refuser l’humiliation et ne pas détourner le regard devant l’injustice.

Ce sont des principes exigeants que l’on ne respecte sans doute jamais parfaitement, mais ils indiquent une direction. L’injustice me révolte. Le mensonge également, plus encore lorsqu’il devient collectif, institutionnel ou suffisamment ancien pour finir par être considéré comme une vérité.

J’ai toujours éprouvé une méfiance instinctive envers les certitudes trop confortables. Non par goût systématique de la contradiction, mais parce que l’Histoire est écrite par des hommes, avec leurs convictions, leurs intérêts, leurs aveuglements et parfois leurs mensonges. Les archives, elles, réservent quelquefois des surprises : un document oublié, une date qui ne correspond pas, un témoignage négligé ou une contradiction entre deux récits peuvent suffire à rouvrir un dossier que l’on croyait définitivement refermé.

C’est précisément là que ma curiosité s’éveille : lorsqu’une certitude commence à se fissurer. Je ne cherche pas le mystère pour le mystère. Je cherche ce qui peut se trouver derrière lui.

J’ai également été formé au théâtre, mais j’ai assez rapidement découvert que je préférais construire l’univers qui entoure les acteurs plutôt que demeurer moi-même sous les projecteurs. L’écriture de spectacles, la mise en scène et les grandes reconstitutions historiques m’ont offert cette possibilité extraordinaire : faire revivre l’Histoire, lui rendre des voix, des visages, des gestes, des costumes, des lumières et des émotions.

En 2000, cette passion m’a conduit au Festival Off d’Avignon, où j’ai mis en scène L’Histoire cachée de Jehanne la Pucelle. Mais Jehanne ne m’a jamais vraiment quitté. Les recherches se sont poursuivies, les documents se sont ajoutés, certaines interrogations sont devenues des contradictions et certaines contradictions des pistes. Plus de vingt-cinq ans après Avignon, cette enquête a abouti à mon livre Jehanne d’Arc n’a pas été brûlée, dans lequel je reprends le dossier à partir des documents et témoignages qui m’ont conduit à remettre en cause le récit traditionnel de sa disparition.

Les Templiers constituent une autre histoire, beaucoup plus ancienne encore dans mon parcours personnel. Ma quête templière a commencé il y a environ cinquante ans. Un demi-siècle au cours duquel j’ai rencontré des chercheurs sincères, des passionnés, des personnages étonnants… mais aussi quelques faussaires. Car les Templiers attirent autant les chercheurs de vérité que les fabricants de légendes.

J’ai appris à avancer avec prudence entre documents historiques, traditions, affirmations invérifiables et fragments susceptibles de contenir une parcelle de vérité. Cette longue recherche a donné naissance à Templiers : secrets révélés. Je n’y prétends pas avoir fermé définitivement le dossier — ce serait contraire à toute ma démarche. J’y rassemble ce que des décennies de recherches, de rencontres et de confrontations m’ont permis de comprendre.

Avec le recul, mes activités peuvent sembler avoir emprunté des chemins très différents : écriture, journalisme, théâtre, mise en scène, spectacles historiques, chevalerie, enquêtes et recherches. Pourtant, je vois aujourd’hui qu’un même fil les relie : la curiosité.

Celle qui pousse à écouter la vie des autres, à ouvrir un dossier que tout le monde considère comme clos, à retourner aux sources plutôt que répéter ce qui a déjà été écrit et à accepter parfois que la réalité soit plus complexe que ce que l’on croyait.

Et puis il y a le plaisir de raconter. Car découvrir quelque chose ne suffit pas. Encore faut-il le transmettre.

C’est précisément la raison d’être de Parcupidon : réunir en un même lieu mes livres, mes enquêtes, mes énigmes, mes passions et quelques-unes des questions auxquelles je continue à chercher des réponses.

À mon âge, je pourrais peut-être me contenter de raconter ce que j’ai fait.

Je préfère continuer à chercher.

1976

LE DÉBUT D’UNE QUÊTE

Premières recherches sur les Templiers.

LES ANNÉES DE PRESSE

PORTRAITS ET ENQUÊTES

Près de vingt ans à raconter des vies et rechercher ce qui se cache derrière les apparences.

ÉCRIRE ET METTRE EN SCÈNE

L’HISTOIRE DEVIENT SPECTACLE

Écriture et mise en scène de grandes évocations historiques.

2000

JEHANNE À AVIGNON

L’Histoire cachée de Jehanne la Pucelle au Festival Off d’Avignon.

AUJOURD’HUI

CHERCHER ENCORE

Livres, enquêtes et transmission d’un demi-siècle de recherches.